Nous étions en vacances, ma cousine et moi. Dans un camping avec mes parents au bord de la mer. Julia avait 15 ans et moi presque 17. Nous étions 2 ados. comme toutes les autres adolescentes
: à nos âges, nous voulions avoir un petit copain pour les vacances (comme ça à la rentrée on aurait des choses à raconter à nos copines). Nos 3 semaines de vacances débutèrent plutôt bien:
le camping était sympa, beaucoup d'animation pour les jeunes, c'était sensas! Pour accéder à la plage, il fallait passer par une espèce de champ, formé de talus et d'arbustes assez denses,
traversé par un petit chemin, on en avait pour 5- 6 minutes à pied. Alors les allées et retours étaient fréquents et mes parents au bout de 3 jours ne nous questionnaient plus sur nos allées
et venues. Bref eux aussi étaient en vacances. Des vacances ordinaires de famille ordinaires: Prête à se relaxer et à oublier les soucis du reste de l'année. Au bout d'une semaine, ma cousine
et moi avions des copains et copines dans tout le camping, nous étions une vraie petite bande. On allait partout ensemble, des couples se formaient et d'autres se déformaient, les vacances
quoi.
Et puis un soir, nous devions retrouver des copains pour faire une petite fête sur la plage et c'est là, en traversant ce champ par ce petit chemin de terre que nous sommes tombées sur 2
jeunes qu'on avait déjà vu auparavant et qui nous ont invité à boire un verre. Comme nous étions attendues, au départ on a refusé mais en papotant on s'est laissé convaincre, on en aurait pas
eu pour longtemps. Alors on les a suivis et on est tombé sur 6 de leurs copains. Lorsque je me remémore ce moment, c'était tellement évident que nous allions avoir des problèmes mais on ne
s'en est pas douté une seconde. Vous savez c'est comme dans ces films d'horreurs où la victime entend un bruit à la cave et elle va voir ce que c'est au lieu de fuir car tout le monde ou
presque est déjà mort! C'est évident qu'elle va y rester et bien là c'était pareil! On a été vraiment stupide pourtant des leçons et avertissements on en avait eu de nos parents mais on croit
toujours que ça n'arrive qu'aux autres.
Ensuite j'ai du mal à me rappeler, quand on a compris ce qui nous attendait, c'était trop tard; ils nous avaient déjà attrapées, collées au sol et empêchées de crier. Ils nous ont violées à
tour de rôle, ce qui s'appelle apparemment "une tournante". Je n'arrive pas à savoir combien de temps cela a duré, ma cousine a voulu se débattre, mais elle s'est prise un baffe qui l'a à
moitié sonnée et moi j'étais tellement tétanisée que j'arrivais à peine à respirer. On est restée là, allongée côte à côte, à se regarder pendant qu'ils étaient sur nous, les yeux dans les
yeux, pleins de larmes, s'efforçant de ne pas penser à ce qu'ils nous faisaient, demandant juste qu'on nous laisse la vie sauve…
Ils sont partis comme s'ils s'étaient volatilisés, en une seconde, apparaissant et disparaissant comme un horrible cauchemar au plus profond de la nuit. Et nous, nous étions 2 déchets laissés
là, un tas d'ordures, 2 corps souillés et salis à jamais… La douleur est venue après. Je me suis levée la première, j'ai aidé Julia à s'asseoir, elle avait du sang sur les jambes. Je l'ai
prise dans mes bras, son regard était vide et là, elle s'est mise à hurler et à me taper. Je l'ai lâchée, elle s'est mise en boule, recroquevillée sur elle-même comme un animal blessé, se
balançant d'avant en arrière et fuyant mon regard. Ensuite j'ai appelé à l'aide, au secours, en hurlant de tout mon être, en pleurant, en me griffant les jambes de peur et de rage… pourquoi
n'ai-je pas crié avant. C'était comme si je sortais d'un rêve, je me suis assise malgré la douleur et j'ai vomi. Ensuite tout mon corps s'est mis à trembler.
C'est le propriétaire du camping qui nous a trouvé. Avec son portable il a appelé tout de suite les secours et ensuite mes parents. Et là, ça a été horrible, il a fallu tout raconter, il m'a
semblée un millier de fois, aux pompiers, à la police, à l'hôpital, à nos parents.
Les vacances se sont terminées ce soir là et je crois que nos vies aussi. La police n'a jamais retrouvé nos violeurs malgré nos descriptions. Ils s'en sont sortis sans souci. Que sommes nous
restées pour ses voyous? Un simple souvenir de vacances ou ont-ils eu un peu de regret après le mal qu'ils avaient causé? J'ai bien peur qu'il ne s'agisse de la première option ! Ces
personnes là n'ont pas d'états d'âme, ils n'ont pas de sentiments, ils ne savent faire que le mal!
Cela s'est passé il y a 2 ans et on ne les a jamais retrouvés. C'est drôle je n'ai revu ma cousine que 2 ou3 fois en 2 ans. Les parents de Julia ne veulent plus nous fréquenter, ils disent
que c'est la faute de mes parents vu qu'on était sous leur responsabilité, mais moi j'étais avec elle, ça nous est arrivé ensemble et mes parents sont détruits eux aussi.
Ma cousine est restée longtemps à l'hôpital, elle a été plus touchée psychologiquement que moi. Elle était encore vierge lorsque ça s'est passé, moi plus. Alors je pense que ça a été plus
terrible physiquement pour elle que pour moi. Enfin je suppose. Aujourd'hui je retrouve un semblant de vie, mais elle est toujours dépressive, anorexique, et sort très peu de chez elle. Je
pleure encore pour ce désastre, espérant au fond de moi que ceux qui nous ont fait ça souffriront un jour 3 fois plus que nous. C'était une "tournante"! Apparemment c'était la mode du moment!
Je n'arrive pas encore à me promener seule lorsque la nuit commence à tomber et lorsque quelqu'un s'approche un peu trop près de moi j'ai un mouvement de recul. Mon cœur bat à tout rompre et
je me mets à trembler. Mon psy dit qu'il faut encore du temps, je me suis renfermée sur moi-même et j'ai peur des autres. Mais comment peut-on prendre les filles pour de la merde comme ça?
Qui a donné le droit aux garçons de disposer de notre corps comme ils le voulaient ? Comme si nous n'étions qu'un objet, comme si nous n' éprouvions rien, comme si c'était normal?!! Que
voulez vous faire lorsqu'on vous écarte les jambes et que l'on vous tient les bras au dessus de votre tête et qu'on vous enfourne un chiffon si profond dans la bouche que vous avez
l'impression d'étouffer si vous faites le moindre geste!!! Que faire lorsqu'ils sont 4 à vous tenir plaquée au sol? Et bien moi je vous le dis vous ne pouvez rien faire!
… Vous ne retenez ensuite que les rires stupides et obscènes de vos bourreaux et le pire c'est que vous ne saurez jamais si ses crétins ont jamais réalisé ce qu'ils ont fait!
Dans les yeux de mon père, à chaque fois qu'il me regarde, je vois de la tristesse et de la haine envers lui pour n'avoir pas pu ou pas su nous protéger. Moi, je n'en veux qu'à moi, d'avoir
pensé qu'en vacances on ne craignait rien, et de m'être si peu méfiée! Aujourd'hui, je veux raconter mon histoire pour dire aux filles de faire toujours attention même si vous
connaissez la personne, méfiez vous car cela peut arriver aussi lors d'une soirée (avec une drogue dans votre verre) ou à un anniversaire avec plein de gens! Méfiez vous, soyez
prudentes. Ma vie, ainsi que celle de ma cousine est tâchée à jamais…
Le seul point positif est que nous ne sommes ni tombées enceintes ni atteintes du sida ou pire encore nous ne sommes pas mortes! Aujourd'hui, je vais sur mes 19 ans et je ne supporte
pas qu'un garçon me touche. Je vois encore mon psy, il y a du progrès mais je porterais cette douleur tout le restant de ma vie, et le pire de tout est qu'on effacera jamais ce souvenir.
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